Le permis, ce n'est pas une course — ni un concours de moquerie
J’ai pour habitude d’accueillir régulièrement des stagiaires en initiation à la vie professionnelle. J’y vois une opportunité unique d’échanger avec ceux qu’on appelle un peu vite “les entrepreneurs de demain”. C’est toujours instructif, car ils arrivent avec un regard neuf — y compris sur le permis de conduire.
Récemment, j’ai découvert qu’un nouveau “challenge” circulait parmi eux : celui ou celle qui obtiendra son permis avec le moins d’heures de conduite possible. Peu importe le nombre de tentatives, seul le “record du minimum d’heures” semble compter. Un esprit de performance qui oublie que la route ne pardonne pas l’approximation.
Autre fait surprenant, ou peut-être révélateur : certains me racontent qu’à des dîners de famille, des moqueries fusent à l’égard de ceux qui ont besoin de temps pour obtenir le permis. Comme si l’apprentissage devait forcément être uniforme. Comme si prendre son temps, c’était rater.
À tout cela, je réponds ceci :
Ne comparez pas les moniteurs entre eux. Ne comparez pas les apprentis entre eux.
Lorsque vous montez à bord du véhicule, discutez avec l’élève qui en descend. Car sur le chemin de l’examen — l’aller-retour vers le centre — c’est exactement ce que vous allez faire : vous croiser, vous relayer, vous transmettre. Alors pourquoi attendre ? Commençons ensemble.
Et si vraiment les jugements vous pèsent, je vous propose une solution simple :
Si moi, votre moniteur, ne dis à personne que vous passez le permis… alors ils ne le sauront pas.
Et quelle douce revanche, le moment venu, que celui où — à la fin d’un repas — vous tendez tranquillement la main vers les clés du dernier bolide de maman ou du carrosse flambant neuf de papa… en déposant, au passage, le papier rose sur la table.
Vous en pensez quoi ?